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Faut-il vouloir dépasser l'humain ?

Le transhumanisme promet un homme « augmenté ». L'accomplir, ou le renier ?

Introduction

Réparer, augmenter, prolonger : les biotechnologies et l'intelligence artificielle promettent un homme « augmenté », voire un « posthumain » ayant dépassé les limites de sa condition. Le transhumanisme fait de ce dépassement un idéal. Mais « dépasser l'humain », est-ce l'accomplir ou le renier ? Le « faut-il » interroge autant la possibilité que la légitimité de ce projet. Le dépassement de l'humain est-il l'aboutissement de l'aventure humaine, ou une menace pour ce qui fait notre humanité ? Nous verrons que se dépasser est propre à l'homme ; que le projet transhumaniste comporte pourtant de graves périls ; et qu'il faut distinguer se dépasser et se renier.

I. Se dépasser est le propre de l'homme

L'homme est le seul être qui ne se contente pas de ce qu'il est. Rousseau nomme perfectibilité cette capacité à se transformer sans fin. Depuis toujours, par la technique, l'homme repousse ses limites : lunettes, vaccins, prothèses réparent et prolongent le corps.

Nietzsche va plus loin : « l'homme est quelque chose qui doit être surmonté ». Se dépasser ne serait pas trahir l'homme, mais réaliser sa vocation la plus haute. Refuser tout dépassement, ce serait figer l'homme dans une « nature » qu'il n'a jamais vraiment eue.

II. Mais ce projet comporte de graves périls

Vouloir dépasser l'humain n'est pourtant pas sans danger. D'abord l'inégalité : un homme « augmenté » réservé à quelques-uns creuserait un fossé entre les hommes, menaçant l'idée même d'une humanité commune.

Ensuite la démesure. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, avertit : la puissance technique engage l'avenir de l'humanité entière, et nous impose d'agir « de façon que les effets de [notre] action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine ». Enfin, à vouloir supprimer la finitude et la vulnérabilité, ne risque-t-on pas d'abolir ce qui donne prix à l'existence ?

III. Se dépasser sans se renier

Faut-il choisir entre le refus et la fuite en avant ? Sans doute pas. Tout dépassement n'est pas un reniement. Soigner, réparer, cultiver ses facultés : voilà un dépassement qui accomplit l'humain. Le problème surgit quand le dépassement vise à abolir ce qui fait l'humanité — sa dignité, sa finitude, sa vulnérabilité partagée.

La vraie question n'est donc pas « jusqu'où peut-on aller ? » mais « qu'est-ce qui, en l'homme, ne doit pas être touché ? ». Kant en donne la boussole : ce qui a une dignité, et non un prix, ne doit jamais être traité comme un simple moyen — pas même au nom du progrès.

Conclusion

Se dépasser est donc bien le propre de l'homme ; mais tout dépassement n'est pas un progrès. Il faut distinguer l'homme qui s'accomplit de l'homme qui se renie. Le posthumain n'est un idéal que s'il reste humain : au service de la dignité, non contre elle. Peut-être le vrai dépassement n'est-il pas technique mais moral : non pas augmenter l'homme, mais le rendre plus humain.

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